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Usbek & Rica confirme la tendance – futuriste - du retour aux sources (!)

Sortie en kiosque il y a quelques semaines, la (déjà) nouvelle formule de la revue Usbek & Rica affiche une signature affirmée de « magazine qui explore le futur ». Un design sobre et presque « vintage », très dense en texte, dont l’iconographie est essentiellement composée d’illustrations, et des sujets prospectifs chaque trimestre touchant tous les univers politique, économique, scientifique, sociologique, philosophique… Serait-on face à une nouvelle tendance de la presse et de l’édition ?
Pas loin.

On avait remarqué bien sûr l’arrivée de cette nouvelle forme de presse ancrée dans la tradition avec la revue XXI, dont le succès ne cesse de grandir (16 numéros parus et une moyenne de 45 000 ex). Une revue trimestrielle, discrètement lancée en librairie en janvier 2008, faite de longs récits et de grands reportages autour d’un thème central, vendue 15€, sans publicité et quasiment sans photos… quel marketeur y aurait cru ?

Pour sa part, le magazine Clés retrouve une nouvelle vigueur depuis le lancement d’une formule repensée il y a un peu plus d’un an. En suivant sa signature « Retrouver du sens », le magazine interroge la société dans laquelle nous vivons, en prenant de la hauteur. Côté maquette, même tendance : des papiers relativement longs, des pages sobres et blanches, et une majorité d’illustrations (notamment systématiquement en couverture). Dans l’édito du numéro de novembre 2011, Jean-Louis Servan-Schreiber, directeur de publication, affirmait « Nous l’aimons bien l’actu, cette drogue conviviale dont les effets secondaires sont le risque de nous rendre un peu abrutis. […] Lorsque nous composons les sommaires, nous nous interdisons d’actualité, comme les gros joueurs se font interdire de casino. A quoi servirait, sortant tous les deux mois, de revenir sur des événements fugaces, abondamment commentés […] ? Nous préférons choisir des faits ou nouveautés, plus significatifs, souvent occultés par l’actualité. »

Effectivement la presse change, et un nouveau mouvement se dessine… parce que le statut de l’actualité change : de plus en plus abondante, de plus en plus rapide, elle circule sur Twitter et sur les médias sociaux avant même d’avoir atteint les agences de presse. Conséquence : un vrai besoin de ralentir le rythme, de trouver le temps de comprendre, de comparer et de se repérer. Et dès lors l’avènement d’un nouveau journalisme et d’un mode de lecture que l’on appellerait volontiers « slow reading » !

Plus lent, plus approfondi, plus problématisé, plus prospectif… et finalement nourri de passé autant que de projections vers l’avenir. Alors, on avance ou on recule ? Les deux mon général. On recule pour mieux sauter… des années en avant.

Je citerais aussi l’un des derniers nés du genre : la revue Schnock, qui vient de sortir son deuxième numéro. Son credo : revisiter le passé sur le mode ludique, pour mieux comprendre l’avenir, en s’appuyant sur l’univers du spectacle, de la publicité, des medias, du cinéma ou du show biz. La forme est très proche de ses cousins cités plus haut. Et si le ton est nettement plus léger, la réflexion qui a présidé à sa naissance semble pour le moins comparable. L’édito du premier numéro nous éclaire :  « On a beau être ce fringant vingtenaire biberonné aux références de ses (grands ?) parents, ce  quarantenaire soucieux de compléter ses souvenirs des années Bowie ou Raymond Barre ou encore ce baby-boomer décidé à se replonger dans sa folle jeunesse, une chose nous unit : l’envie d’échapper à l’hystérie de l’époque en faisant un pas de côté, histoire de revisiter le passé en prenant son temps. »


Et les marques dans tout ça ? Elles s’y mettent aussi. Notamment SFR avec son magazine SFR Player, qui sort son 7e numéro avec un même objectif :
« Accompagner la révolution numérique. Avec sa ligne éditoriale ouverte sur les tendances actuelles, ce magazine tente de décrypter les enjeux et impacts de cette mutation sur notre société, l’économie et nos modes de vie. »


Les contenus d’aujourd’hui deviendrait-ils du même coup de plus en plus sérieux ?

Usbek &Rica publie sur le sujet un article très bien vu titré « La revanche du premier degré », et conclut : 
« Après les ricaneurs de la lol génération [N.B. celle qui se rit effectivement de tout, dont le terrain d’expression favori est la toile et la figure médiatique du moment le journaliste Yann Barthès], quelle sera demain la culture dominante des moins de 30 ans ? Difficile à dire, même si l’on peut d’ores et déjà annoncer la fin imminente de l’ère du sarcasme et le grand retour du premier degré. »… Et avec lui la dignité, le sens du tragique et la conscience politique… mâtinés tout de même d’une certaine dérision « qui cessera enfin d’être une convention sociale futile ». Ouf.

Pascale Boumendil
DGA LIGARIS, Pôle Contenus & Editorial

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